« On dirait une peinture ». On entend parfois ce commentaire en face d’une photographie. En quoi une photographie peut-elle ressembler à une peinture?
Il faut se tourner vers un vieux conflit en peinture entre le linéaire et le pictural, entre le dessin et la couleur. Ses racines remontent à la fin du XVIIe siècle. L’œuvre linéaire se construit rationnellement à partir de la ligne, alors que l’œuvre picturale se développe spontanément à partir de la tache colorée. Dans un tableau, on peut représenter la perspective de manière géométrique avec des lignes convergentes ou encore de manière atmosphérique avec des gradations de couleurs et de flous. L’œuvre linéaire raconte, alors que l’œuvre picturale évoque. L’approche picturale a dominé la peinture à partir de Paul Cézanne.
La photographie n’a pas échappé à ce conflit. Il s’est manifesté avec intensité au début du XXe siècle. Les pictorialistes favorisaient une approche picturale de la photographie où les flous dominent. Les modernistes y ont opposé une démarche qui favorise la netteté absolue de l’image photographique. De cet antagonisme, Susan Sontag a écrit : « L’histoire de la photographie pourrait se résumer en un conflit entre deux impératifs différents : embellir, impératif hérité des beaux-arts, et dire la vérité. » La vision moderniste linéaire s’est imposée avec Alfred Stieglitz.
La peinture et la photographie ont pris des voies dominantes divergentes, quoi de plus normal. La peinture, définie comme étant de la matière pigmentée sur une surface, favorise naturellement l’approche picturale alors que la photographie avec ses appareils et ses objectifs (le mot le dit) favorise naturellement l’approche linéaire.
Quand on dit qu’une photo ressemble à une peinture, on veut dire qu’elle a plutôt pris le parti du pictural, que ses formes sont colorées et estompée et qu’elle suscite des émotions avant de raconter une histoire.