Le noir et blanc comme acte manqué

2010/08/02

 Les inventeurs de la photographie n’ont jamais voulu du noir et blanc. Ils aspiraient à la couleur.

« Il faut que je parvienne à fixer la couleur; je m’en occupe en ce moment, mais c’est très difficile. Sans cela, le jeu n’en vaut pas la peine. » Niépce écrivait ces mots à son frère en 1816, une dizaine d’années avant de réaliser la première « héliographie », évidemment en noir et blanc. Son projet photographique s’inscrivait en droite ligne dans le projet de réalisme pictural de la Renaissance et la couleur en faisait partie intégrale.

À l’époque de Niépce, de Daguerre et de Talbot, il n’existait aucune théorie appliquée de la couleur. Il a fallu attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour voir se développer une compréhension de la synthèse soustractive et de la synthèse additive sur lesquelles repose la reproduction de la couleur en photographie. Tout progrès de la photographie couleur exigeait aussi une surface sensible à l’ensemble du spectre visible. Les premières émulsions ne réagissaient qu’au bleu. Par étapes, leur sensibilité a inclus le vert, puis l’orangé, puis finalement le rouge. À la fin du XIXe siècle, l’émulsion panchromatique noir et blanc présentait la même sensibilité aux couleurs que l’œil humain. La photographie couleur a suivi de peu au début du XXe siècle avec la plaque autochrome. Au niveau du tirage, le gélatinobromure d’argent garantissait déjà une bonne stabilité des épreuves noir et blanc. Mais, il a fallu attendre les années 1990 avant qu’apparaisse un papier photographique couleur de qualité d’archives, dépassé aujourd’hui par le tirage au jet d’encre.

La photographie couleur aura mis 180 ans à atteindre tous ses objectifs. Du point de vue du programme réaliste de la Renaissance, le noir et blanc est un échec. Il persiste, pourtant. On le dit même « artistique ». Qu’est-ce que cela veut dire? Malgré elle, la photographie a échappé au réalisme. L’art s’inscrit dans la maitrise de l’articulation entre un langage visuel et un sujet. Aujourd’hui, on juge de l’intérêt d’une image à partir de ses capacités d’évocation plutôt que du réalisme de ses représentations. C’est justement à cause de son manque de réalisme que le noir et blanc demeure pertinent dans la palette du photographe, même sous le règne de la couleur.

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